mai 11th, 2012

Au théâtre , ce soir “la dernière bande ” de Beckett

SIlences oppressants, gestes mécaniques et absurdes.

Avachi, désespéré , n’ y at ‘ il que lui dans cet état ? Peu importe, il est seul,  la, à cet instant, profondément seul, jusqu’au bout des ongles. Ses doigts longs et fins tantot caressent la table, tantôt la frôlent , la frappent. La jeunesse sur ses mains. Pourtant  le temps est passé sur le reste de son corps.

Silence interrompu par cette voix, sa voix. Insupportable ! Il ne peut supporter, ni cette voix, ni cet alcool, ni cette chaise, ni cette lumière. Préfère t’ il le silence à cette voix ? Le silence circulaire comme cette lumière qui l’éclaire. Sa tete entre entre ses mains. Ses yeux vers moi. Je suis dans le noir, assise, si près.

Du murmure au cri, au geste incontrôlé , il est pitoyable, nauséeux. Il le sait, il continue à être la jusqu à la fin de la bande et encore apres .

J’applaudis, me lève .

février 17th, 2012

Du silence à la voix …

“Ventre vide” texte écrit en 2010,  lu par Magali Moreau, comédienne.

Enregistrement Philippe Chevance, musicien.

Ecoutez ….

novembre 17th, 2011

Bleu


Texte écrit lors d’un atelier d’écriture avec François Bon. 24 et 25 Octobre 2011

  • Entrez.

Rien au mur pour adoucir la couleur bleue.

  • Asseyez-vous, je vous prie.

Le bureau est transparent. Quelques feuilles blanches et un écran plat que je ne vois que de dos. C’est le genre d’homme que je ne trouve pas séduisant. En s’asseyant, il fait reculer sa chaise à roulettes. En appuyant sur ses pieds, il se rapproche. Son ventre ou plutôt sa chemise blanche, ou plutôt le 7è bouton en partant du haut touche le rebord du bureau. Je ne vois pas combien il y a de boutons en partant du bas. Sa chemise est tenue dans son pantalon lui-même coincé par une ceinture. Il pose ses avant-bras et prend le stylo posé dans le sens de la longueur à la fin de la consultation précédente. Sourire aimable, professionnel.

  • Avez-vous eu des difficultés ?

Le bouchon du stylo brille. Il fait claquer le petit morceau doré entre ses doigts. Il prend mon carnet que je tenais contre moi depuis la salle d’attente. Il repose le stylo dans sa position. Il suit de ses doigts ma liste élaborée depuis la dernière visite. Parcourt les mots sans relever la tête. Il reprend son stylo. Je fixe la pointe qui se pose près de mes mots sans laisser de marque.

  • Ça à l’air pas mal ?

La peinture bleue a été parfaitement mise. Difficile pourtant de contourner une fenêtre ou de ne pas déborder sur les plinthes. Je ne vois pas de là où je suis les plinthes derrière lui. Mais le contour de la fenêtre est parfaitement respecté. Le blanc tranche avec le bleu.

  • Qu’en pensez-vous ?… Je ne vois qu’une seule crise depuis la dernière fois.

Une sacoche est posée dans l’angle de la pièce sous le bureau, laissant dépasser le fil du téléphone.

  • Qu’est ce qui fait qu’il n’y a pas eu d’autres crises cette fois-ci ?

Il tourne la page pour être sur d’être arrivé au bout de mes notes et revient d’un geste rapide sur la page précédente.

  • Comment l’expliquez-vous ?

Son bouton blanc passe tantôt par dessus son bureau transparent, tantôt par dessous, en claquant légèrement. Il place mon carnet à sa droite. Se mouille l’extrémité de l’index et prend une feuille blanche.

  • Vous allez mettre en parallèle deux choses.

Il hausse légèrement les épaules comme pour décontracter les plis de sa chemise.

  • D’une part, ce qui peut enclencher la crise … D’autre part, ce qui va empêcher la crise.

Ses doigts effectuent des mouvements minuscules et rapides. Il ne respecte pas tellement le milieu de sa feuille. Le trait n’est pas centré.

  • Et vous continuez toujours le travail précédent.

Sa main inoccupée tient la feuille blanche. Il porte une alliance aussi dorée que la partie brillante de son stylo. A deux reprises, cette main passe dans son dos pour tirer le bas de sa chemise. Le téléphone sonne rarement pendant la consultation. Je ne me souviens pas l’avoir déjà entendu.

  • Respectez cela.Vous allez vous apercevoir vous-même de ce que vous mettez en place.

Il se recule et se penche vers un de ses tiroirs. Je distingue les plinthes derrière lui pendant quelques secondes. Aucun contraste dans le bleu. Bleu. Profondément bleu.

novembre 8th, 2011

Exposition : Hervé Auzanneau

J’entre . Etonnée,  déconcertée.

L’Eglise ST Etienne traversée par ce mur. Les axes  supprimés.

Des mots ? Des rythmes ? Des souffles ?

Suivre le chemin, longer ce mur paradoxal : rupture et continuité.

Aucune certitude, aucune évidence.

Comme issue : un mur. Refaire le chemin en sens inverse.

Quelque chose m’échappe et me plaît…

Pas d’angles, pas de repères.

Les morceaux cousus. Liés les uns aux autres. Rapprochement irrévocable.

La rotation de la boule à facettes au dessus de ma tête.

Je recule, prendre de la distance,  voir dans son ensemble l’oeuvre.

Les mouvement de l’artiste, ses gestes, ses déplacements, son obsession, sa respiration.

Autour. Autour. Autour.

Va et vient incessant.  Verticalité pesante. Méfiance.

et la boule à facettes au dessus de ma tête…

Chercher. Chercher en soi, se rapprocher, tourner, être à bout de souffle et ressentir l’émotion, le vertige, la hauteur, la beauté de ce mur cousu. Blanc et Noir.

Et la boule à facettes au dessus de ma tête.

Exposition d4hervé Auzanneau, à l’Eglise St Etienne à Beaugency, du 5 au 18 Nov.

octobre 19th, 2011

Souvenir emmuré

J’avais oublié que l’on ne pouvait plus y accéder par la route du haut. Demi-tour.

Je roule lentement et me gare face à ce qui a été notre habitation. Je ne descends pas tout de suite de la voiture, baisse seulement ma vitre, par crainte d’être reconnue par des voisins absents, disparus.

Il me faut revenir à cet endroit.

Déjà je retrouve une sensation, je ne sais pas dire laquelle. La couleur du ciel ou l’ondulation du vent.

Je déverse mes larmes devant cet immeuble. Prise dans une vie qui m’échappe, minutée, cloisonnée, j’espère retrouver ici un souffle, la faim d’un nouveau-né.

L’espoir que ce lieu ait tout retenu en lui.

Les repos de ma mère après son travail à l’usine, le son de la télévision qui augmente, l’odeur du linge qu’elle étend sur les radiateurs, les punaises qu’elle déplace et replace à l’infini sur les murs, les journaux publicitaires empilés au coin de la table de la cuisine, la chaleur en entrant dans la salle de bain juste après elle, ses retours de l’usine que je guette la nuit, le dernier repas de mon père avec nous deux.

Je marche jusqu’à la porte. Refaire en sens inverse les pas effectués quinze ans plus tôt lors du départ. Le relogement vers un autre immeuble où elle ne s’est jamais sentie chez elle. Les corps déplacés, les démarches silencieuses, les plaies à vif.

Je longe le mur, cherche dans la fenêtre emmurée le reflet d’une femme. Le même gris du béton que sa dalle funéraire. Mes mains se posent contre les parpaings froids. Mon corps prend la posture d’une silhouette en prière. Je murmure Maman.

Maman.

Maman.

Je le crie pour me convaincre que tout est resté là.

Les silences dans le canapé, les courants d’air sous le seuil de la porte, les cigarettes mal éteintes, les miettes qu’elle jetait d’un revers de la main par la fenêtre, ses rêves, ses désespoirs… Je voudrais laisser mon corps couler dans ce béton et entendre les déplacements de ma mère. Ressentir ces émotions de mon enfance, consoler la petite fille apeurée.

septembre 7th, 2011

Corps de passage

Elles.

Leurs langues se contorsionnent au rythme de leur pas. Elles parlent fort comme pour recouvrir le bruit de leurs corps pressés et mécaniques frappant le béton. Elles ne se laissent pas rattraper par le vide. Le chemin s’encombre.

Lui.

Ses pieds se lèvent peu du sol. La fatigue se colle à ses chevilles. Il fixe ce que les autres passants ne voient pas. Sa démarche est répétitive. Son espoir raclé dans le goudron déformé. Ses mots restent en lui. Tout reste en lui. Même la brume ne fait pas le tour. Elle pénètre.

L’autre.

Ses propos se répandent comme de la boue. La mauvaise odeur de sa bouche perçue par celui qui l’écoute. Sa voix est arrogante. Le fond de sa gorge racle avec laideur entre deux mots. Il fait l’effet d’un son rauque à mon oreille.

L’enfant.

Il dessine de ses doigts, dans le vide, les crevasses de la route. Lui seul parle dans l’odeur de sa mère dont il ne voit que le dos. Sa mère hurlante de peur.

L’homme et la femme.

Leurs bouches pleines de larmes s’ouvrent comme une plaie. Les mots chuchotés se méfient de la nuit. Pour s’entendre, l’homme et la femme doivent se toucher. Leurs peaux se frôlent et s’écorchent. Leurs mains familières n’osent pas se tenir. Corps vacillants, ils se recroquevillent comme leurs ombres sous le lampadaire.

Moi.

Savent-ils que je les regarde ? Immobile entre leurs déplacements.  Mon reflet dans la fenêtre.

Y’ a t’il quelqu’un ?

août 2nd, 2011

Ce vide sous nos pieds

Extrait de “Poursuivre, ralentir seulement et poursuivre”Texte en cours d’écriture/Août 2011
Ta présence chez moi est rare. Je m’en enivre.
Tu te places à cette fenêtre où je te pleure les autres jours. Tu ressens le vertige que la vision de la falaise crée en toi. Tu dis qu’il faut être fou pour vivre ici.
- C’est beau mais ça fait peur ce vide sous nos pieds.
- Vivre dans un immeuble au 5è étage, ça ne fiche pas le vertige peut-être ? Les uns au-dessus des autres superposés.
- C’est ça qui me rassure, ne pas être seule. Pour vivre ici, il faut aimer la solitude, moi je ne pourrai jamais.
Est-ce que j’aime la solitude ?
Tu ne pourras jamais vivre ici.
Mes pensées m’empêchent de te répondre.
Tout autour de nous des rochers élevés vers le ciel. Sculptés par le temps et percés en profondeur. Le soleil ne vient pas jusqu’à nous. Les ombres couvrent la pièce. L’autre est dans tes yeux, dans tes soupirs. Tu ne cesseras jamais de l’aimer.
Je fixe tes doigts parce qu’ils touchent le rebord de la fenêtre puis ils se posent sur l’accoudoir du fauteuil. Je veux que tu y laisses ton empreinte. Tu peux, je t’en supplie. Laisse tout de toi ici. Ton souffle dans la tasse, tes lèvres sur ma cuillère, tes épaules, tes cuisses, tes hanches dans mon lit, tes seins sur ma serviette, ta fumée sur les murs, tes mouvements dans l’air.
Je voudrais t’inviter à y vivre ici avec  moi. Je suis fou c’est de ne pas pouvoir te le crier !  Moi aussi ce vide m’effraie.


août 2nd, 2011

Dans une ondulation légère…

Texte écrit en Janvier 2011.

L’eau monte et étouffe les bruits de la nuit.

L’eau du fleuve emporte les gens dans leur sommeil. Ultime berceuse, songe t’elle.

Le village endosse depuis quelques heures sa robe redoutable. La nuit s’y reflète.

La jeune femme est debout, à sa fenêtre. Chaque nuit, réveillée. Celle-ci plus particulièrement. Le petit être s’agite en elle.

Elle entend l’écoulement de l’eau dans la rue, le cheminement de boue, passivement. Elle n’ignore pas l’envahissement du fleuve par les ouvertures de sa maison.

Certains l’avaient prévu depuis plusieurs jours. Mais partir où? Dans son état.

Elle, la nouvelle dans ce village. Seule, enceinte, on ne lui a pas réservé un bon accueil.

Tandis que la rue grouille depuis le matin, d’hommes et de femmes, de valises et de gamins qui pleurent. Personne ne frappe à sa porte.

Ici, dans ce village où elle est étrangère, on ne lui présage pas un bel avenir.

Elle reste. L’a-t-elle décidé? Mourir avec son enfant en elle. Il ne connaîtra que les bruits de son corps à elle, son goût, ses balancements. Rien d’autre. Mourir avec son enfant en elle. Elle et lui pour toujours.

Le petit être remue. Il lui semble comme jamais auparavant.

Quelqu’un frappe. S’est-elle trompée? Plus un bruit derrière la porte.

L’eau s’immisce dans la fente de sa chambre. Elle est terrifiée par cette montée du fleuve et à la fois quelque chose la rassure. Elle ne sait pas quoi. La douceur de l’eau, le mouvement lent. Elle tresse ses cheveux.

Des contractions l’obligent à retourner dans son lit. Elle oublie ce va et vient dans la rue. Les plaintes des fuyants.

Elle a peur mais elle sait qu’il est trop tard. L’eau recouvre la moquette et vient effleurer les rideaux longs de la fenêtre.

Elle remonte ses jambes vers son ventre. La pièce se refroidit. Des suées la traversent au rythme des contractions. Elle quitte avec effort ses habits qui la collent. La position devient insupportable. En se relevant, la couverture tombe au sol et ondule à la surface de l’eau.

La jeune femme se met accroupie au bout de son lit, dans l’angle obscur de cette pièce qui semble se rétrécir au fur et à mesure que l’eau pénètre. Elle se munie de son oreiller qu’elle se cale entre les cuisses. Ses mains s’agrippent au bois du lit. C’est la meilleure position qu’elle trouve. Pour moins souffrir, ou pour attendre.

L’eau vient recouvrir ses chevilles et caresse maintenant sa nudité. Elle aurait pu se relever et crier à sa fenêtre. Le froid de l’eau lui fait-elle supporter la douleur dans les reins ou est-ce l’inverse?

Son corps est submergé par une puissance. Elle ignore ce qu’elle peut en faire. L’intensité des contractions devient insoutenable. Elle ne retient pas le cri. Puis un autre, et un autre. Dans une régularité transcendante. Le cri de la peur, de la douleur, de l’appel à l’aide …

Elle aurait voulu fuir de cette chambre, de son corps. L’eau enveloppe ses jambes, son bas ventre. Sa chair effleurée par l’eau. Cela semble lui rendre parfois plus supportable la douleur.

Le râle dans sa gorge s’étale, comme une longue traînée boueuse. Quelqu’un est là près d’elle. Elle s’y agrippe dans un essoufflement, garde les yeux fermés. Elle ne dissocie plus les membres de son corps. Elle enfonce ses doigts dans la peau de cette femme inconnue pour le dernier cri. Le petit corps glisse contre les parois de son vagin, expulsé vers l’eau dans une ondulation légère. Le glissement silencieux.

Les paupières du nouveau-né restent entre ouvertes. La femme recueille le petit être qu’elle fait surgir de l’eau d’entre les jambes de sa mère. Elle le porte, la respiration saccadée par l’émotion. Elle place le bébé contre le sein de la jeune femme. Tous deux bercés par le mouvement des vagues, baignant dans l’eau glacée du fleuve, le liquide flasque et chaud du ventre et le sang.

Elle sait. Elle vient de donner la vie. Un soupir parce qu’elle ne s’est jamais sentie aussi vivante. Sa chair se fait l’écho des pulsations de son bébé. Dans la tiédeur de leurs corps, elle verse des larmes. Le bébé se met à pleurer.

juillet 6th, 2011

Chemin du retour

Chemin du retour,

deux jours de stage en tête qui fourmillent encore au bout des doigts

la route s’étire

les rencontres multiples, diverses

les écrans, les visages, les voix

les contraintes,

la littérature

quelle conduite adopter ?

écrire directement sur le clavier ou pas ?

garder un cahier et un crayon ou pas ?

acheter du bon matériel ou pas ?

mettre en ligne ou pas ?

pour qui ? quand ? à qui ? et quoi ?

la route s’étire

déjà je retourne sur le lieu de l’immeuble prêt à être démoli, cherche le banc où pourrait s’asseoir Yves Luciol puis la cabine téléphonique où les unités défilent

Timidement l’appareil en main, je tente quelques photos

observe d’autres détails

une trame se déroule

lecture, relecture, visite (virtuelle) chez mes collègues stagiaires

écriture, réécriture

c’est bien ça alors…

juillet 6th, 2011

Rencontre avec Pierre Ménard

Pierre Ménard

sons,images, photos, musique, littérature

souffle, mouvement, voix, perception, émotion

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